t r o u b l e s   d e   l ' o r d r e

 

 

 
         

 

 

 

   
De la méthode 

 
         
Mode d'emploi de la collecte des articles sur Internet  
 
 
         
         
         
           

 

 

La collecte d’information sur les événements négatifs dans le monde s’est faite par Internet. Chaque mois, deux personnes étaient en charge de cette activité : un « collecteur », qui compilait les informations à partir des sources déterminées d’avance, principalement les moteurs de recherche ; et un « superviseur », qui vérifiait cette compilation, la complétait, l’approfondissait et la discutait avec le collecteur. Il n’y avait aucun rapport hiérarchique entre le collecteur et le superviseur (qui ne supervisait pas le collecteur, mais le matériau). L’ensemble de l’activité était ensuite commentée, complétée et validée par les participants qui n’étaient pas en charge pendant le mois. Dans la mesure des disponibilités, des assemblées générales informelles se tenaient et statuaient en première moitié du mois suivant sur la collecte et la chronologie du mois précédent.

 

La rotation des membres et des tâches était en principe systématique : l’un des deux membres du duo restait actif le mois suivant, mais en prenant la fonction de l’autre ; l’autre sortait et un nouveau venu venait compléter le couple collecteur-superviseur. Des exceptions (par exemple être collecteur pendant deux mois de suite) ont confirmé ces règles.

 

La durée de l’activité d’un duo était d’un mois, mais ce mois commençait vers le 5 ou 6 du mois calendaire, et se terminait vers le 5 ou 6 du mois suivant ce qui permettait d’absorber au mieux le retard de l’information par rapport aux événements. Quelques tâches spécifiques prolongeaient l’activité de ces duos mensuels au cours du mois suivant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         
    1. La collecte générale d’articles d’information sur les événements négatifs  
         
           

 

 

Nous avons effectué la collecte d’articles d’information à partir du moteur de recherche Google, qui indexe de nombreux sites Internet. La collecte s’est pratiquée essentiellement sur trois sites Google.news, dans trois langues : l’anglais, l’espagnol et le français. De manière moins régulière, l’allemand et le portugais ont également été consultés. Du fait des divisions de l’information, les trois langues principales utilisées pour la collecte d’information sur Internet sont complémentaires. Cette collecte ne prétendait pas à l’exhaustivité ; mais on peut, grâce à ces trois langues, avoir connaissance d’une grande partie des événements négatifs dans le monde, dans la limite de l’activité des informateurs.

 

Le rythme de la collecte était tributaire de la quantité d’articles produits par événement (notamment de la redondance des articles publiés), du nombre et de l’intensité des événements négatifs sur la période de recueil. Chaque collecte dans chaque langue représentait entre 200 et 1 000 articles à examiner. La fréquence du recueil d’information a été au minimum d’une collecte par semaine dans les trois langues, et elle tendait à augmenter du fait même de l’augmentation quantitative des informations sur Internet. En effet, les articles sortent assez rapidement des archives disponibles sur le serveur, et à une fréquence trop lente nous ne pouvions plus y accéder. Le recueil des articles s’effectuait par ordre chronologique.

 

Le collecteur faisait une sélection parmi les articles examinés. Pour cela, il n’était pas nécessaire de les lire en entier. Pour donner un ordre de grandeur, le collecteur sélectionnait environ 10 % des articles fournis par les moteurs de recherche.

 

Sur chacun des sites, nous utilisions pour collecter les articles un mot-clé, ou bien une liste de mots clés, afin de sélectionner les événements qui nous intéressaient.

 

ANGLAIS :           "riot riots OR arson OR rampage OR wounded OR looting OR fire OR thugs OR tear gas OR clash".

ESPAGNOL :        "enfrentamiento enfrentamientos OR revuelta OR saqueo OR bloqueo", puis "disturbios".

FRANÇAIS :        "émeute", puis "émeutes", puis "affrontements".

 

L’utilisation des mots-clés avait pour but de cibler le recueil d’information sur les actes négatifs, sans se limiter aux seules émeutes ou à ce qui est traité comme tel dans l’information. Mais l’usage métaphorique de certains mots-clés par les journalistes induisait dans notre collecte une sélection d’articles sans intérêt pour nous. C’est pourquoi nous avions recours à des listes de mots-clés, notamment en anglais et en espagnol où les termes « riot » et « enfrentamiento » sont très banalisés (par exemple, dans les expressions très courantes « riot of colours » ou « enfrentamiento verbal ») et donc à les recouper avec d’autres termes moins métaphoriques.

 

Les mots utilisés, cependant, n’étaient jamais un critère suffisant pour sélectionner une information. C’est toujours l’état de fait lui-même, à travers le filtre très élastique de la langue, qui engendrait le choix du collecteur et du superviseur. Pour déterminer l’importance d’un état de fait, nous n’avions pas de règles très précises, d’autant que nous étions en permanence attentifs à intégrer des formes et des contenus nouveaux, dont la négativité est justement si prodigue. Mais dans l’ensemble, pour déterminer le degré d’importance d’un état de fait, nous étions partis des descriptifs de ce qu’est une émeute (offensive contre Etat, marchandise, information, nombre de participants, étendue dans le temps et dans l’espace) fournis par la Bibliothèque des Emeutes. Nous avions cependant étendu cette évaluation à d’autres formes de révolte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         
    2. Constitution des dossiers et d’une chronologie exhaustive des événements négatifs par le collecteur  
         
           

 

 

Pour chaque état de fait, ou événement, considéré, les articles collectés étaient compilés puis triés et présentés par ordre chronologique dans un dossier qui retraçait le contexte, le déroulement et les conséquences de l’événement. Une carte, lorsqu’elle était disponible, y était ajoutée. Le dossier était ensuite nommé.

 

Deux sortes d’événements faisaient l’objet de constitutions de dossiers, selon deux niveaux d’intensité. Le premier niveau d’intensité était au moins au niveau de ce que nous appelons émeute ; et le second niveau était composé par tous les événements qui étaient en dessous du niveau de l’émeute. Pour obtenir une consistance minimale dans les événements du premier niveau, nous avions besoin d’un vaste catalogue d’événements du second niveau : souvent, en effet, des événements d’intensité plus faible, ou simplement des informations qui minimisent encore l’intensité de l’événement, démarrent un événement d’intensité plus forte, et le collecteur les sélectionnait en attendant la suite ; de plus, les événements d’intensité de premier niveau sont souvent reliés par des événements d’intensité plus faibles, qui participent à leur explication. La frontière entre les deux niveaux était volontairement floue : elle a donné lieu à de nombreuses discussions d’arbitrage. Nous avons répertoriés plus d’événements du second niveau que du premier.

 

Un premier descriptif de chaque événement était ensuite inscrit dans une « chronologie exhaustive » . Ces chronologies exhaustives nous permettaient de garder la trace de tous les événements que nous avions collectés et archivés, du premier ou du second niveau, et à l’intérieur de chaque événement de tous les éléments clés pour comprendre l’événement, même s’ils ne sont pas des actes négatifs. Ainsi nous pouvions nous y référer si nécessaire. Le jugement sur les événements, leur qualification et leur description faisaient l’objet de discussions entre le collecteur et le superviseur, puis dans l’assemblée générale, et nécessitaient parfois des recherches complémentaires pour clarifier les événements douteux au regard des articles disponibles après la première collecte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         
    3. Recherches complémentaires  
         
           

 

 

Les recherches complémentaires, menées par le superviseur, servaient soit à préciser des événements déjà repérés, soit à repérer de nouveaux événements. Pour préciser des événements, le superviseur prenait d’abord une connaissance exhaustive de l’information collectée. Il avait pour but de mieux localiser, de comprendre ou d’amender un dossier d’événement, de trancher entre des interprétations contradictoires, de vérifier la pertinence et la cohérence des choix de son collègue. Pour repérer de nouveaux événements, le superviseur menait des recherches spécifiques par exemple sur des sites de journaux locaux qui pouvaient faire apparaître des événements négatifs que la première collecte n’avait pu saisir, et donc conduire à l’ouverture de nouveaux dossiers.

 

L’approfondissement d’un événement s’effectuait principalement par l’utilisation, sur différents moteurs de recherche, de nouveaux mots-clés tels que le nom d’un lieu ou d’une personne (lieu clé ou personne clé d’un événement repéré par la collecte) par exemple. Nous avons également effectué des recherches systématiques sur des sites d’information spécifiques : sites Internet de journaux (Le Monde, Courrier international, The Times of India, quotidiens algériens, nigérians, etc.) ou de radios nationaux ou locaux (indiens, péruviens, sud-africains, etc.), sites Internet d’agences de presse nationales ou internationales, sites Internet spécialisés sur un Etat ou une région (Iran, Chine, Haïti, Manipur, etc.) ou une région du monde (Afrique). La lecture de livres spécifiques à un événement, ou l’approfondissement culturel de son contexte, faisaient également partie de cette extension de recherche. Tous les participants à cette activité contribuaient à cette forme d’approfondissement.

 

Les articles recueillis étaient alors ajoutés aux dossiers existants ou archivés dans de nouveaux dossiers, et la chronologie exhaustive était amendée en conséquence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         
    4. Elaboration d’une chronologie générale et d’un index  
         
           

 

 

En fin de mois, le  collecteur et le superviseur qualifiaient les événements du mois et fabriquaient la chronologie générale. Avec le recul du mois écoulé, ils vérifiaient la cohérence des descriptifs des faits pour chaque événement, mettaient en conformité la classification des dossiers et leur désignation dans la chronologie. La chronologie générale était la chronologie exhaustive expurgée des événements jugés de trop faible intensité, ce qui permettait d’établir une chronologie des événements négatifs du premier niveau d’intensité pour le mois. Cette chronologie était visée et sanctionnée par l’ensemble des membres, actifs et non actifs pendant le mois. Bien entendu, cette chronologie générale, ainsi que les dossiers constitués pendant le mois, étaient amendés lorsque l’événement se prolongeait au-delà du mois, ou si l’information apportait un éclairage nouveau et jugé pertinent.

 

La chronologie générale était le principal outil intermédiaire entre la collecte et l’analyse. Elle présentait un embryon de récit, avec des éléments d’analyse, dont en particulier l’évaluation de l’intensité de l’événement. Mais l’analyse subséquente pouvait évidemment infirmer et modifier les choix arrêtés par la collecte et la supervision.

 

Au cours du mois suivant, le duo sortant établissait un index des événements de premier niveau d’intensité du mois écoulé. Cet index, en format Excel, constituait le répertoire de l’ensemble des événements du premier niveau d’intensité, c’est-à-dire ascendant à partir du niveau de l’émeute compris. L’index servait de référence générale à l’ensemble de l’archive, et de base pour une statistique analytique.

 

Un nouveau duo collecteur-superviseur avait entre-temps pris le relais pour le mois suivant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Texte de 2006

     
         

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A consulter

Dossiers d'événements, en 2004 et 2005, classés par zones  
(mise en ligne partielle)

 

Chronologies     

 

 
     

 

 
   

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2003-2005 du point de vue de la révolte (Le passage du Laboratoire des frondeurs)

 
 
         
         

 

 

 

 
 

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