t r o u b l e s   d e   l ' o r d r e

 

 

 
         

 

 

 

   
Analyses 2004 

 
         
Surchauffe en Chine  
 
 
         
         
         
           

 

 

Pendant les ravages de la révolution culturelle, un ministre français avait écrit un livre où il projetait ses fantasmes plus intéressés qu’intéressants : ‘Quand la Chine s’éveillera’. Aujourd’hui, pour les gestionnaires, la Chine s’éveille. Eux seuls ont réussi à tracer un pont au-dessus de la grande muraille de silence et ont touché la cité interdite des mandarins staliniens. Ceux-là avaient réussi, en continuant la bureaucratie millénaire, à faire taire complètement les pauvres de leur Etat, mais non sans s’acquitter de ce qu’ils pensent être leur devoir : les nourrir. Et, fidèles à la vieille doctrine économiste du XIXe siècle, mélange monstrueux de marxisme et de positivisme, le tout mâtiné d’un anticonfucianisme idéologique qui ressemble à un confucianisme déguisé (juste milieu, famille, rites, auquel s’ajoute la puanteur du nationalisme), ces gérontocrates donnent maintenant au peuple, après avoir réussi à le bâillonner au riz gluant, le loisir, le surplus, le superflu.

 

C’est ce qui ne se fait pas sans divers soubresauts. Car pour introduire le plus, il faut gérer différemment le moins. C’est pourquoi il y a un pont avec l’Occident, qui a une longue marche d’avance dans la gestion du plus. Les pauvres, qui n’avaient rien, auront désormais des marchandises, les pauvres. Mais les marchandises démolissent des justes milieux, des familles, des rites. Quand vous donnez des marchandises aux enfants, les enfants découvrent et pratiquent les lois de la marchandise, pas même adoucies par l’éthique : racket, deal, gang. Les Chinois, qui ont longtemps été des vieillards, pleins de trop de sagesse devant l’Etat, sont des enfants, pleins de trop de naïveté devant la marchandise. Ils apprennent le racket, le deal, et reforment ces gangs qu’on appelait des triades avant la mafia communiste. Dans un pays où la colère est une honte parce qu’elle fait perdre la face, les pauvres changent de pays : ils vont dans le pays de cocagne, le magnifique pays de la marchandise, où la colère est génératrice d’imagination et d’intelligence parfois, d’individualisme toujours – cet individualisme aussi étranger à la Chine impériale qu’à la Chine maoïste.

 

Cette mutation ressort de manière comique à travers les discours des gestionnaires. Leur grande victoire, qu’ils affichent comme les maris affichaient jadis les draps sanglants de la nuit de noce, c’est lorsqu’ils ont réussi à maintenir l’augmentation du PIB, qui fait tant saliver tous les marchands et gestionnaires de la planète, à moins de 10 %. Eviter la surchauffe est le nouveau mot d’ordre, fort simple et compréhensible. Tout d’un coup, le milliard trois cents millions de Chinois consomme, et tout change, gare à la surchauffe. Le paysage devient vertical, comme cette étonnante Shanghai du XXIe siècle qui compte déjà plusieurs centaines de tours de plus de trente étages, et qui fait paraître vieille et ratatinée la New York du XXe siècle. Les paysans foncent vers les villes, mais au lieu d’agrandir ce qui est là, le gouvernement détruit ce qui est là et remplace des quartiers étroits et insalubres par des cités en béton armé. Dans ce pays du vélo, voilà les voitures, et les gestionnaires sont tout fiers des premiers milliardaires chinois, et de l’arrivée d’une middleclass dans l’Etat où le prolétariat est souverain, d’après la Constitution.

 

Eviter la surchauffe veut dire deux choses, fondamentalement : éviter la révolte, et éviter qu’on parle des raisons d’une révolte. Aussi y a-t-il un double discours dominant. Les chiffres de la police font état de 58 000 protestations en 2003, 160 par jour, impliquant des centaines, des milliers, voire 10 000 personnes, 15 % de plus qu’en 2002, mais, pour quelqu’un qui arpente Internet à la recherche de ces protestations, il ne trouvera que quelques grèves et manifestations ouvrières, et une poignée d’émeutes, toutes liées au SRAS, et aux mesures draconiennes que l’Etat chinois a voulu mettre en scène devant les Occidentaux, à l’exception d’une seule, fort bénigne, qui concerne quelque quatre cents supporters d’une équipe de football de Shanghai. On est à moins de dix événements connus sur les soixante mille annoncés. Là encore, le nœud est dans l’information. Ce dont on ne parle pas n’existe pas. Les informateurs, qui pourtant pourraient se déplacer assez facilement désormais dans ce vaste pays, ne le font pas. Il est vrai que la bureaucratie sait décourager : en octobre 2004, alors que des émeutes avaient lieu au Henan, bouclé par la loi martiale, on faisait savoir au visiteur de la ville de Kaifeng, l’une des sept anciennes capitales de la Chine impériale, que cette cité de 800 000 habitants n’avaient plus de chambres d’hôtel disponibles ; et pourtant, Kaifeng avait pour seule occupation d’être à trente minutes d’une zone où l’on se battait.

 

Il faut donc considérer comme un succès de la censure qu’il n’y ait pas, pour 2004, d’émeute connue avant le mois d’octobre. Et comme une situation très dangereuse, et un de ces concours de circonstances qui déterminent encore l’information, qu’il y en ait eu sept, connues, entre le 4 octobre et le 4 décembre. C’est que, lorsque la presse parle d’un sujet comme une émeute en Chine, elle est fort friande de confirmer cette information par un événement analogue. Du coup, soudain, il y a beaucoup d’émeutes en Chine, tout au moins à notre échelle, deux cent cinquante dans le monde et dans l’année, nous qui sommes si loin d’en imaginer une à soixante mille degrés.

 

Le 4 octobre, dans le village de Sanchawan, dans le Shaanxi, près de la Mongolie Intérieure , a lieu un conflit typique : 15 000 villageois se sont trouvés expropriés de leurs terres qui ne leur appartenaient pas puisqu’elles appartiennent à la collectivité, en échange d’à peine plus qu’un bol de riz. Les gestionnaires locaux, en effet, s’enrichissent massivement en vendant des terres communales à des entreprises, pour à peine plus que la somme des bols de riz des indemnités, multipliés par un petit entier positif. C’est l’avantage d’une bureaucratie qui a plusieurs siècles d’expérience : elle a réussi à instaurer un système où la hiérarchie de la société est corrompue. En Chine, même si le bas de la société suit des cours de rattrapage d’urgence dans la malhonnêteté de l’époque, la corruption du haut de la société est assez bien admise, comme une part naturelle de leurs prérogatives. A quoi servirait de devenir fonctionnaire, si cela ne donnait pas accès à la corruption, je vous le demande ?

 

A Sanchawan, au début octobre, la police a investi massivement le village, où les paysans bloquaient les terres confisquées. Puis elle a tiré. Il y a eu 50 blessés et 32 arrestations. Ceci suffit à casser ce mouvement.

 

La seconde émeute, le 20 octobre, a eu lieu à Wanzhou, sur le Yangtze Kiang, à un tiers du chemin entre les immenses bourgs de plus de quatre millions d’habitants chacun que sont Chongqing et Wuhan. Il est remarquable d’ailleurs, que nous appelons Wanzhou une ville qui s’appelle Wan Xian, parce que l’information occidentale ne l’a jamais appelée que Wanzhou, et s’est avérée à peu près incapable de la situer, en transformant tour à tour cette ville de 200 000 habitants en quartier de Chongqing, en bourgade, en ville de 500 000 à 800 000 habitants, et en gardant toujours son nom périmé. L’événement, lui, est parti d’une dispute autour d’un étal de fruits où l’un des deux protagonistes a essayé de se faire passer pour un haut dignitaire et menaçait d’abuser de sa position contre l’autre, simple coursier. Pas de chance, ou signe des temps : cette annonce d’abus de pouvoir déplut à une foule qui se rassembla si vite qu’ils furent bientôt dix à vingt mille furieux, attaquant à coups de bâtons et de pierres la police qui répliqua avec des lacrymogènes et des balles de caoutchouc, détruisant des bâtiments publics et des véhicules. Il est vrai que la police n’a pas les moyens, ni surtout l’organisation (qui contiendrait l’aveu que ce genre d’événements est possible), de faire face aux attroupements et aux disputes qui se forment sur les trottoirs de Chine, et menacent quotidiennement et partout d’être des révélateurs de rages enfouies, et d’allégresse naissante.

 

« Les incidents de Wanzhou constituent le premier grand mouvement spontané d’opposition collective, rassemblant plusieurs dizaines de milliers de simples citoyens, depuis la cinquantaine d’années que le Parti communiste chinois est au pouvoir [à la différence des mouvements catégoriels ou politiques]. Une censure de l’information sans précédent a été appliquée sur ce sujet à l’intérieur du pays. A l’exception de la presse officielle de Chongqing, qui en a rendu compte de manière très limitée, les autres médias du pays se sont tus. Par ailleurs, les autorités locales ont pour la première fois mis à profit les hautes technologies pour bloquer localement l’utilisation des moyens de télécommunications, dès que les incidents ont éclaté. Les téléphones portables ne pouvaient plus fonctionner et l’envoi et la réception de SMS étaient impossibles », pouvait-on lire dans ‘Courrier international’. Les deux protagonistes de la dispute initiale furent déférés… à la télévision, où celui qui avait prétendu être un haut fonctionnaire dut se rétracter, version moderne des autocritiques maoïstes d’il y a un tiers de siècle.

 

Pour l’émeute suivante, le 25, soit une semaine après, il suffisait de prendre le bateau qui remonte le fleuve jusqu’à Wuhan. Cette émeute est un événement très banal, à part qu’il a lieu en Chine, et que c’est la seule émeute de l’année dans une des dix plus grandes agglomérations du pays. Un chanteur pop de Hongkong donnait là un concert. La salle fut fermée alors que 50 000 personnes essayaient encore d’y entrer. Elles se fâchèrent, la police arriva, la bataille eut lieu, et quelques déprédations s’ensuivirent. Voilà un de ces signes de modernité frivole qui justifie que l’information occidentale parle d’une émeute en Chine.

 

Il ne faut attendre l’événement suivant que deux jours. C’est au Henan qu’a lieu ce qui a été la révolte la plus importante de Chine, en 2004. Le Henan est une province complètement inconnue en Occident. D’une superficie d’un quart de la France , cette province est aussi peuplée que la France et l’Espagne réunies, et avec ses cent millions d’habitants, c’est la plus peuplée de l’Etat le plus peuplé du monde ; c’est donc une province d’une grande densité. Le Henan est également le milieu de l’empire du Milieu, plus encore du fait que c’est le berceau des plus anciennes dynasties de la Chine que par le fait de sa position géographique, le long du fleuve Jaune.

 

Il est à peu près impossible de savoir ce qui s’est passé, du 27 au 31 octobre, dans les localités sur la route entre la capitale Zhengzhou et l’ancienne capitale d’empire, Kaifeng. Presque toutes les informations ont été contredites. L’information occidentale, qui a gardé le monopole de la parole, puisque le gouvernement chinois a choisi le black-out, a construit tous ses rapports sur une confrontation ethnique entre Hui et Han. Mais le gouvernement chinois a nié cette ligne de partage, qui paraît d’ailleurs absurde : s’il y a bien une communauté hui (qui sont des musulmans chinois, mais qui parlent la même langue et qui ne se distinguent pas non plus physiquement des autres Chinois), la communauté han, si elle existait, serait la Chine entière. L’Etat chinois est un Etat d’« ethnie » han, 92 % de la population, et 8 % d’une myriade de minorités, dont les Hui, qui ne sont minorité reconnue qu’au regard de leur croyance. Le premier bilan publié par le ‘New York Times’, mais fortement mis en cause par toutes les autres sources, qui faisait état de 148 morts, ajoutait « dont 18 policiers » ; l’ajout indique que l’affrontement n’aurait pas opposé seulement Hui et Han.

 

Tous les prétextes avancés ont été mis en cause, mais tous partent d’une dispute entre particuliers dans la localité de Nanren. On attribue d’ailleurs abusivement le terme de « village » aux lieux de dispute, car entre les deux grandes villes, il n’y a que 70 kilomètres , et les localités jalonnent presque sans interruption cet axe plat de la rive droite du fleuve Jaune. C’est plutôt une agglomération très relâchée. Comme l’Etat a réussi à couper très rapidement les informations, la seule chose qui semble sûre, c’est que des Hui sont venus en renfort depuis d’autres régions, prévenus par téléphone mobile. « ‘Même si la presse tait initialement les faits, les nouveaux moyens de communication, du SMS à l’e-mail en passant par les chat room, permettent à des mouvements relativement limités, par leurs objectifs et leur situation géographique, de faire tache d’huile et d’avoir une résonance aux quatre coins de la Chine (immédiate, mais également après avoir fait le détour par l’international)’. C’est en substance ce que le régime chinois veut éviter. Mercredi matin, les sites de discussions intranet de l’université de Pékin ont ainsi été vidés de tous les messages contenant des commentaires sur les affrontements du Henan. » Il semble donc possible que l’ethnicisation a été le résultat d’une mobilisation militante, et peut-être des premiers échos de la presse internationale, dans un second temps. Un des affrontements meurtriers semble en effet avoir opposé des cars de Hui mobilisés et des barrages de l’armée, qui les empêchaient de rejoindre la zone des combats, le dernier des quatre jours de l’événement, le 31 octobre.

 

Car dès le 29, la loi martiale avait été décrétée sur un petit territoire entre les deux grandes villes, et 10 000 hommes de troupe dépêchés sur les lieux. Les destructions n’ont pas semblé trop massives (quelques maisons, quelques entreprises). Et sur le nombre de victimes, la fourchette varie entre 7 morts et 42 blessés, reconnus par l’Etat chinois, 20 à 23 morts, estimations moyenne soutenue par des médias plus prudents, dont la visibilité ne pouvait pas être bonne, et les 148 morts du ‘New York Times’, qui a fini par nuancer cette information-là. La durée, le déploiement des forces de l’ordre, et même le nombre de victimes minimal, dans une population sans armes à feu, donnent cependant une idée de l’envergure de l’événement – à défaut de nous renseigner sur son véritable contenu.

 

Le 27, le jour où commençaient les affrontements de Nanren, à plus de 1 000 kilomètres du Henan, dans le Sichuan, des dizaines de milliers de paysans manifestaient contre la construction d’un barrage sur le Yangtze : cent mille d’entre eux devaient être relogés parce que le barrage allait inonder leurs terres, mais l’indemnité de relogement leur semblait dérisoire. Devant cette foule, plus grande que la ville de Hanyuan voisine, la police attaqua soudain, ou se défendit, et, le 28, il y eut plusieurs blessés et un mort. Très déterminés, les manifestants s’installent alors dans un sit-in qui empêche les travaux du barrage. Ceci alerte les bureaucrates en charge, et le 4 novembre, le chef du parti du Sichuan accouru est apparemment séquestré par les furieux, qui ne le laissent repartir que le lendemain, sans avoir rien promis. Lorsque le 5 l’armée arrive, ce sont dix à vingt mille manifestants qui lui interdisent l’accès au barrage dans une bataille rangée qui aurait fait entre 2 et 5 morts, de nombreux blessés, et des arrestations niées par le gouvernement, qui verrouille définitivement le black-out. Mais un membre du bureau politique est envoyé de Beijing, et convainc les manifestants d’arrêter leur sit-in qui aura duré quatre-vingts heures, en échange d’une suspension des travaux et d’une promesse de meilleure indemnité.

 

Mais les manifestants ne sont pas dupes des bureaucrates – ils les ont pratiqués depuis trop longtemps. « Villagers told the Sun that people affected by the Pubugou dam now believe the government has no intention of offering better compensation terms, and that the protesters have reached a new consensus: They will not make any more demands related to the compensation package, but will simply oppose the dam outright and stand their ground – refusing to move or to permit their land to be requisitioned or inundated.

The newspaper said that elderly men and women are among the most active participants in the protests – in fact, are always out in front leading the charge. They have become known as the "dare-to-die brigade" because they taunt the armed police with shouts of, "Kill us, kill us! We will no longer have to move if you kill us!  » On retrouve, dans ces désespoirs farouches, les joyeux accents de l’insurrection du Manipur.

Sans doute décidés à nous faire visiter leur vaste pays, les émeutiers chinois suivants ont donné rendez-vous au monde le 10 novembre, à 9 heures du soir, au sud-est, à Yeyiang, dans le Guangdong. C’est un péage d’autoroute, et c’est une contestation sur la somme à payer. Ce qui rend remarquable toutes ces émeutes en Chine, c’est l’agglomération rapide de dizaines de milliers de personnes, à chaque fois. Ici, à Yeyiang, elles prennent d’assaut le poste de péage, le pillent et le détruisent, et affrontent les renforts, qui ne parviennent à reprendre le terrain que vers minuit.

 

Le 4 décembre, ils sont encore dix mille, cette fois à Qinzhou, dans le Guangxi, à 500 kilomètres à l’ouest de Hongkong, à s’émouvoir très vite, lors d’une dispute entre chanteurs de rue et « officiels ». On finit par attaquer un commissariat et des bâtiments publics, et peut-être même à articuler d’autres revendications, notamment concernant la régulation sur les pousse-pousse. Mais comme on a à faire à un régime fourbe et parfois cruel, la dispersion peut aussi être rapide et silencieuse.

 

D’autres événements, de moindre envergure, nous sont connus, dans ce joyeux éclectisme où la distance entre cet Etat au capitalisme le plus dur et le plus impitoyable du monde et la grande masse des pauvres ne cesse de croître : en avril, des villageois expulsés pour la création d’une route bloquent le deuxième périphérique de Xi’an ; en mai, plusieurs centaines d’ouvriers du bâtiment de Shenzen, expulsés de leur bidonville, caillassent des bureaucrates ; une semaine plus tard, des éleveurs de poulets aux abords de la même ville font subir le même désagrément à d’autres officiels venus détruire leur ferme illégale ; début août, la police prend d’assaut une petite localité à la limite de l’agglomération de Zhenghzou, déjà, au Henan pour arrêter des protestataires contre la vente de terre à des entreprises d’immobiliers ; en août, dans le Guangdong, déjà, des centaines de paysans, dont les terres ont été vendues, prennent d’assaut un commissariat ; en octobre dans l’Anhui, dix mille retraités bloquent les routes d’accès à la petite ville de Bengbu pour protester contre l’augmentation des prix ; en novembre, à Canton, des marchands ambulants délogés se battent avec la police ; après une catastrophe minière, non loin de Xi’an, les mineurs furieux prennent d’assaut les bâtiments publics de la ville de Miaowan ; en décembre, des étudiants incendient un campus, parce qu’on a annulé un concert à la dernière minute ; des routiers écrasent des policiers au cours d’une tentative de libération de deux des leurs, dans le Shanxi.

 

A travers cette multiplication d’événements partiellement étouffés, la Chine offre une contre-plongée intéressante sur l’information dominante. Car l’Etat chinois pense, non sans raison, avoir gagné sa bataille contre l’information occidentale, en 1989. Elle ne respecte donc pas ce pouvoir qui a fait plier et composer les grands Etats, et leurs vassaux, dans le reste du monde. Sur ce terrain, non encore conquis, l’information rencontre d’intéressantes difficultés, et les restitue à son corps défendant. Par rapport à la Chine on peut voir notamment l’ignorance désinvolte et la baisse du niveau de rigueur récemment atteint par cette profession. Le 18 novembre, on pouvait lire dans ‘Le Figaro’ : « A Chongqing, ancien bastion de Tchang Kaï-chek dans le Sichuan, une altercation entre voisins a tourné à l'émeute avec 40 000 manifestants d'après les témoins, l'incendie de voitures de police et le pillage de bâtiments administratifs. » Chongqing n’est pas dans le Sichuan ; l’ancien bastion de Tchang Kaï-chek était bien la capitale du Sichuan, mais c’est Chengdu ; l’altercation dont il est question est sans doute l’émeute de Wangzhou (Wan Xian), mais elle n’a pas eu lieu dans la ville de Chongqing, mais dans la province éponyme. Et le fait que le marchand d’armes, Marcel Dassault vient d’acquérir ce vieux journal français, qui a perdu sa respectabilité depuis bien longtemps, contribue seulement à confirmer cette dégénérescence, dont il faut aujourd’hui tenir compte. Car, par rapport au négatif en Chine, on voit bien que les informations sont peu sûres. Pourtant, plutôt que d’annoncer des probabilités sur les faits, des zones de possible, ce qui correspondrait à ce que savent ses collaborateurs, l’information dominante continue d’asséner, sans même se rendre compte que ses lacunes, colmatées à l’arrogance, se voient.

 

Quand à la révolte en Chine, on peut sans doute, prudemment, affirmer qu’elle en est à ses débuts : joyeuse, fraîche, vive, variée, sans concertation, sans chefs, avec une détermination jeune et active, elle n’en est encore qu’à se découvrir elle-même. Et attention, camarades gestionnaires, ça va surchauffer !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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